11/07/2005

Les développements du White Paper

Aujourd'hui le White Paper du Department for Trade and Industry (DTI) Britannique ou Ministère de l'Industrie et du Commerce.

En 2000, le gouvernement décide de s'investir dans les énergies renouvelables avec à terme l'objectif de fournir 10% de la consommation du Royaume à partir d'énergie verte. S'ajoute la volonté de réduire les émissions de gaz à effet de serre d'environ 60% en 2050, dans le contexte d'un réseau de transmission et distribution d'électricité en piteux état - suite à la privatisation du réseau et 1991 - et une pauvreté énergétique - à savoir le nombre de ménage dépensant plus de 10% de leurs revenus en énergie - endémique frappant plus de 2.5 million de foyers.

Une étude de la technologie réalisée en 2002, permet d’analyser les perspectives.

Par ailleurs, l’Atlas de la ressource en énergies marines – Marine Renewable Energy Resources Atlas - a permit de préciser le potentiel et les zones de développement.

Le rapport stratégique sur la ressource – Strategic Energy Resource (SEA) – permet l’établissement d’un système de développement à deux tours d’enchères - "rounds" - dans des zones réservées pour l’éolien offshore.

Sans surprise le gouvernement prépare une stratégie et fixe quatre objectifs:

- réduire les émissions de gaz à effet de serre

- réduire la dépendance en énergies fossiles

- promouvoir les mécanismes de marché créateurs de valeur

- combattre la pauvreté énergétique

S'ensuit le très consensuel processus Britannique de consultation-analyse-synthèse et finalement la production d'une stratégie en 2003, intitulée "Livre blanc sur l'énergie". Il y a même un résumé en Français.

En ce qui concerne les énergies marines, le document ouvre la voie au développement de l'éolien offshore (p.58) qui doit être mit en place immédiatement. Les énergies houlomotrices et marémotrices (les fameuses Wave & Tidal - W&T) sont elles promises à un avenir radieux en... 2010-15! (p.59). Le rapport enfonce un peu plus le clou avec l'affirmation selon laquelle la technologie ne sera pas déployée à grande échelle avant 2020 [sic!] et un petit mot poli pour se justifier (p.61) et annoncer des investissements dans le développement de prototypes.

Cette stratégie est devenue Loi suite au vote du "Sustainable Energy Act 2003".

Elle établie en particulier une agence gouvernementale dédiée à la réduction des émissions de gaz à effet de serre , le Carbon Trust. Le Carbon Trust possède un budget significatif qui lui a permit de lancer des projets d’accélération technologique au nombre desquels le Marine Energy Challenge pour le lancement des technologies W&T et le centre Européen de tests des technologies marines EMEC basé dans les îles Orkney.

En Avril 2004, le Sustainable Energy Policy Network (SEPN), un groupe de coordination des autorités administratives créé en vertu du Sustainable Energy Act, rend son premier rapport annuel sur l’implémentation de la stratégie.

A l’époque, le[a] premier[e] parc [ferme] éolien[e] offshore (« offshore wind farm ») d’une capacité nominale de 60MWe vient juste d’être installé (Novembre 2003) à North Hoyle, entre le Wirral (Chester, West Kirby) et la côte Nord-Galloise (Ryl, Prestatyn).

A aussi été mit en place le système d’attribution de permis d’émissions de gaz à effet de serre – National Allocation Plan (NAP) – duquel dépend l’allocation de certificats échangeables à la production d’électricité renouvelable – Renewable Energy Certificates (ROCs).

Ce système de support financier était sensé apporter les garanties suffisantes pour les investisseurs potentiels. Il est en ce moment en cours de révision et les suggestions soumises au DTI déboucheront sur une synthèse.

En parallèle, l’établissement d’un groupe d’étude sur la sécurité d’approvisionnement en énergie – Joint Energy Security of Supply Group (JESS) – permet de rédiger un rapport en Novembre 2004 dont les principales conclusions portent sur les risques d’un déficit d’approvisionnement en gaz.

Pour la première fois dans ce document, la possibilité d’un recours à l’énergie nucléaire est établi alors que le document de 2003 établissait clairement que le coût et les risques, en particulier en matière de gestion des déchets n’étaient pas acceptables (p.11).

Le second rapport annuel sur le livre blanc qui vient d’être publié (Juillet 2005), est un document plus pessimiste.

En dépit de l’indéniables succès du premier tour d’enchères éolien offshore – round 1 – avec l’installation réussie d’icônes tels que les parcs de Kentish Flat ou de Scroby Sand, l’incapacité du gouvernement à soutenir la croissance du secteur éolien onshore face à l’opposition locale signifie que le Royaume Uni a peu de chances d’atteindre son objectif de 10% de la production d’électricité à partir d’énergies renouvelables en 2010.

Par ailleurs, le développement de parcs éoliens offshore du second tour d’enchères – round 2 – est raltentit, en particulier en raison du manque de garanties financières et des difficultés de raccordement réseau. Pour éviter un fiasco, le gouvernement a confirmé le renouvellement de l’obligation ROC pour la période 2005-2012, avec un tarif plus élevé établit par le Renewable Obligation Order 2005.

Pour le moment, une consultation est en cours pour déterminer le développement de la nouvelle obligation. La synthèse est en cours d’élaboration et devrait déboucher sur une modification de la loi courant 2006.

En ce qui concerne la capacité du réseau de transmission et distribution, le régulateur – Ofgem – à de son côté conclu à la nécessité du développement d’un interconnecteur pour permettre la transmission de l’énergie verte produite – en particulier dans les régions désertiques d’Ecosse – vers les régions de consommation. Reste que de nombreuses zones ne possèdent pas le réseau nécessaire à la transmission de la capacité installée prévue.

Par ailleurs, les conclusions du Groupe pour la coordination des études sur la production électrique décentralisée - Distributed Generation Co-Ordinating Group (DGCG) – ont démontré la nécessité de repenser à long terme le design du réseau de transmission et distribution, avec en particulier la création d’éléments actifs et flexibles.

De son côté, l’industrie W&T a progressé, en particulier avec le développement du « Wave-Hub », un concept de connexion partagé pour générateurs houlomoteurs.

La mise en service de l’EMEC fin 2003 a permit les tests de l’unité Pelamis, un houlogénérateur de 375kWe conçu par la société Ocean Power Delivery.

Suite au succès des tests, la société a remporté un contrat avec le Grupo Enersis pour l’installation d’un groupe de générateurs au Portugal.

Par ailleurs, Marine Current Turbines, a installé son prototype « Seagen », un générateur marémoteur de 300kWe situé dans le Devon.

Néanmoins la contribution la plus significative a été la création d’un fond d’investissement d’une valeur de £50 million, dédié au développement des énergies W&T, le Marine Investment Fund, annoncé en Août 2004.

Malheureusement, la période sonne aussi le glas des investissements dans le générateur marémoteur Stingray conçu par The Engineering Business Ltd, qui avait pourtant démontré très tôt sa technologie avec un test live de son prototype en 2001. Les rapports tome 1, tome 2 et tome 3 sont toujours disponibles sur le site du DTI.

Par ailleurs, le développement de parcs W&T est ralentit par le manque de clarté entourant le cadre réglementaire sur le processus de soumission d’un projet d’implantation. Le gouvernement réfléchit à un Marine Bill, une « loi sur l’environnement marin ».

De plus, le Premier Ministre Tony pourrait déjà avoir fait son choix, en particulier en faveur d’une stratégie moins contraignante sur l'émission de gaz à effet de serre, à l’aube d’un hiver qui pourrait conduire à une crise énergétique grave.

En effet, malgré le traité signé en 2003 avec la Norvège qui devrait permettre de fournir 20% de la demande Britannique en gaz naturel, jusqu’en 2007 et la mise en service de nouveaux pipelines, le Royaume ne possède pas les capacités d’approvisionnement suffisante pour assurer la demande en électricité des grand consommateurs d’électricité en cas de grand froids (un hiver sur cinquante). Même le Secrétaire d’Etat au Commerce et à l’Industrie, a été obligé d’admettre, dans son premier rapport sur la Sécurité d’Approvisionnement en Energie devant Chambres du Parlement, la possibilité d’un rationnement (p.16).

C’est donc à la ressource nucléaire que le locataire du 10 Downing Streets pense, mentionnant dans le second rapport sur l’implémentation du livre blanc sur l’énergie la nécessité d’une consultation sur le sujet courant 2006 (p.16).

Un réel combat attend donc les énergies renouvelables marines. L'arrivée d'un mauvais hiver pourrait faire basculer l’opinion publique en faveur du nucléaire. La bonne nouvelle est peut-être que l’accroissement de la capacité nucléaire ne saurait être envisagée raisonnablement avant 2012-13, et ce en raison du temps de développement de nouveaux réacteurs. Les parcs éoliens offshore du second tour d’enchères verront donc vraisemblablement le jour, si le réseau est renforcé en conséquence.

De plus, si le gouvernement Britannique réfléchit aujourd’hui au développement d’une capacité nucléaire, il n’a pas précisé si cela aurait lieu dans le cadre d’un remplacement ou d’une extension du parc existant, ni à quel degré : cela laisse un marge de manœuvre considérable où les deux technologies peuvent co-exister, sachant que le nucléaire ne représente qu’environ un quart de la capacité installé.

De même, et en dépit de rumeurs persistances sur l’avenir du nucléaire, il n’y a pas de "signes évocateurs " d’un changement radical de stratégie. Alors que le DTI Technology Programme – a alloué des fonds en Avril 2005 aux technologies W&T, de même l’appel à propositions de Septembre dernier à requis des projets pour l’éolien offshore et les technologies W&T. De surcroît, il existe des signes encourageants tels que la réalisation du projet CORELEX sur la réduction des coûts de l’éolien offshore.

Par ailleurs, les énergies W&T ont trouvé des débouchés en dehors du Royaume-Uni. De nombreux partenaires Européens mais aussi les Etats-Unis, le Canada, la Corée du Sud et l’Australie ont démontré leur intérêt, soit par des investissements – France, Danemark, Norvège – soit par l’achat ou l’option émise sur l’achat de machines.

L'avenir semble donc appartenir à ces technologies, certes encore immatures, mais pleines de promesses.