11/17/2005

Nucléaire et renouvelables: un couple inattendu

Le moins qu’on puisse dire est que j’aurais passé une soirée intéressante à Londres hier soir. Au menu : une conférence à l’Energy Institute sur le grand retour du nucléaire en Grande-Bretagne.

Alors comment ce couple impossible s’est-il formé? C’est très simple, l’industrie électrique Britannique est l’une des plus transparentes au monde, ce qui a amené le secteur nucléaire à la banqueroute. En effet, la gestion calamiteuse de la privatisation a conduit à la révélation du coût abyssal de l’énergie nucléaire : de l’ordre d’une fois et demie plus chère qu'une source d'électricité renouvelable de première génération comme l’éolien. De plus, l’industrie laisse derrière elle un bilan terrifiant : une dette de 120 milliards de livres Sterling juste pour le nettoyage et pas de site de stockage – dixit Sir Edwin Plowden, chef de l’autorité de gestion de l’héritage nucléaire! Ainsi le site de Sellafield, a connu un accident majeur plus tôt cette année avec la fuite de site de Thorp.

L’industrie nucléaire se démène donc pour survivre, et elle a marqué un certain nombre de point récemment, convainquant Sir David King, le conseiller scientifique officiel de Tony Blair qu’une décision sur ce sujet devait être prise au plus tôt. En effet la construction des réacteurs doit prendre au moins un dizaine d’années ce qui mettrait le Royaume-Uni en position de vulnérabilité considérant l’importance que prendrait alors l’approvisionnement en gaz.

Par ailleurs les concepts développés sont intéressants : un Nuclear Obligation Certificate (NOC) copiant le ROC, une insistance sur le réchauffement climatique et la sécurité énergétique : on croirait réellement entendre les associations professionnelles de l’industrie renouvelable.

Mais les problèmes restent nombreux. Au Treasury, si les indiscrétions téléguidées qui me sont parvenues me laissent penser que Gordon Brown pourrait mettre tout son poids dans la balance – dans l’hypothèse où il succédait à Tony Blair – les fonctionnaires eux sont prudents. Ils ont la mémoire longue et les récentes factures – 240 million de livres pour une « simple modification » en début d’année – ne sont pas faites pour les rassurer. Par ailleurs il faudra que le gouvernement soutienne l’industrie en ré-assurant les réacteurs, un risque dont les assureurs ne veulent pas entendre parler – comme c’est leur métier ils comprennent parfaitement ce qu’est le risque oméga eux.

Donc grosso modo, l’industrie nucléaire nous a fait un show de relations publiques grand style. On nous a dit en résumé : « est-ce que vous voulez du nucléaire et combien ? ».

Evidemment c’est à ce moment là que le débat est devenu pour le moins houleux. Pour moi qui ne suis ni un idéologue, ni un technocrate, ni un écologiste, il est difficile de ne pas sourire à la petite guéguerre de tranchées entre une industrie pas très catholique et un groupe de petits hommes verts trop plein de bonnes intentions.

Un « select committee » d’énergétistes bon teint d’environ une quarantaine de personnes trié sur le volet a finalement procuré une confortable majorité de 17 votes en faveur de nouveaux réacteurs pour 25% de la capacité actuelle soit en fait le statut quo (9 votes contre et 11 votes en faveur d’un accroissement de la capacité). Il s’agit donc de l’option « remplacement », une sévère défaite pour les énergies renouvelables en général qui étaient parvenu à mettre l’option nucléaire à genoux.

Néanmoins considérant l’échelle de temps – soit une période de 20 ans – cette perspective procure aux énergies marines une occasion inespérée de réaliser la transition finale vers une production d’énergie primaire soutenable et un réseau de production et distribution décentralisé. Une configuration bien plus favorable que je ne l’espérais il y a quelques semaines encore alors que je voyais l'éolien offshore seul tirer son épingle du jeu.